Deuxième partie de notre entretien avec 20syl, chanteur leader d’Hocus Pocus. Aujourd’hui, nous revenons sur l’album Place 54. Il est question de son écriture et de voyage.
La troisième partie sera consacrée aux featurings et aux collaborations de cet album. La quatrième et dernière partie, au graphisme dans Hocus Pocus.
Hervé : A la différence de 73 Touches on ressent une certaine sensation d’appel au voyage avec des sonorités, des apports d’autres horizons comme pour le titre « Quitte à t’aimer » avec la voix de Césaria Evora, « Touriste » ou « Place 54 ». Etait ce un choix d’utiliser ces nouvelles sonorités sur le dernier album d’Hocus Pocus ?
20Syl : Lorsque tu réalises un nouveau disque, tu as envie d’explorer de nouvelles choses. Tu n’as pas envie de retomber dans les mêmes schémas avec cette base un peu organique, influencée par la Soul et le Funk. On avait envie d’aller chercher d’autres sonorités chaleureuses, du coté des sonorités africaines avec Cesaria Evora ou avec les gars de Tribeqa qui nous ont prêté un de leur morceau pour cet album qui s’appelle Amali dans leur disque et « Touriste » dans le notre. Rythmiquement je ne voulais pas tomber dans les mêmes schémas hip hop avec des beats un peu fat, des samples découpés que j’avais beaucoup fait jusqu’ici. J’ai voulu aller explorer d’autres schémas rythmiques, d’autres sonorités. Je voulais poser mon texte d’une manière différente, rentrer plus dans la forme du texte pour en dégager peut être plus de sens que de flow. C’était tout un travail là dessus, travail qui a permis des ouvertures.
Arno : Tu as modifié ton écriture pour pouvoir toucher un peu plus ta mère ? J’ai remarqué ce changement dans une interview que j’ai pu lire…
20Syl : Ce n’est pas forcément pour ma mère mais dans l’idée, je ne voulais pas faire un album qui soit confidentiel dans le sens où il allait seulement toucher des amateurs de hip-hop. Je voulais qu’il y ait différentes lectures. Lorsque je dis ma mère, je pense plutôt aux personnes qui n’écoutent pas obligatoirement du hip-hop. Elles vont avoir une certaine lecture de cet album, elles vont entendre certains thèmes, certains messages… Les amateurs de rap vont entendre des références à Jay D, un choix de son, des scratchs… Cela ne va pas forcément parler aux gens qui n’écoutent pas de hip hop mais c’est présent. Je voulais avoir tous ces degrés de lecture hip-hop, chanson française et à la limite ce coté musique du monde. Ce n’est pas une façon de travailler qui se veut commerciale parce qu’un moment je voulais dialoguer musicalement avec d’autres personnes que des amateurs de hip-hop en emmenant ces personnes dans mon univers.
Hervé : Il y a un autre titre de Place 54 qui est un appel au voyage, c’est « Voyage immobile » qui résume ce que peut procurer la musique à son écoute. Ce morceau peut être un titre référence à Hocus Pocus étant donné que tu expliques toutes les influences du groupe. Penses tu que « Voyage Immobile » pourrait être un titre référence pour Hocus Pocus ?
20Syl : Disons que ce morceau est un appel à la curiosité musicale. Voyage immobile est une métaphore filée entre la description d’un paysage et d’un morceau. Je parle de blocs, longs de trois minutes… J’essaie de décrire un paysage formaté et c’est dont ce que je veux m’échapper au début du morceau. C’est un paysage qui me semble gris et peu varié donc je m’en échappe au fil du morceau pour aller chercher des horizons musicaux différents, des choses un peu plus colorées, organiques. C’est un appel à la curiosité et de dire à l’auditeur de ne pas s’arrêter à ce qu’on lui donne, d’aller chercher lui même des nouveautés.

Hervé: Est ce que les clés de la réussite pour un groupe en dehors du niveau musical est de s’entourer de personnes de confiance ? Par exemple, si l’on fait le rapprochement avec HP, au départ avec 73 Touches vous étiez chez Warner, ensuite vous avez décidé de suivre les personnes qui s’occupaient de vous chez Warner qui allaient chez ULM…
20Syl : Ce n’est pas tout à fait cela l’histoire (Rires !) C’est possible qu’il y a eu un peu de cela car il y a eu Warner à une époque… 73 Touches on l’a produit en indépendant avec le label que l’on a créé Yann et moi mêmes, le label On and On. Au début, on fonctionnait en vase clos car on avait du mal à déléguer le travail. On fait souvent les choses nous mêmes. Warner nous a proposé une licence mais cette proposition ne s’est jamais concrétisée. On a donc été chez Universal pour une licence, ils ont réédités 73 Touches et aujourd’hui ils sortent Place 54. Lorsque l’on rentre dans un label comme celui là, c’est difficile de dire que l’on s’entoure de personnes de confiance parce que ce sont des personnes qui travaillent dans une industrie musicale. Ils font du business et nous ne sommes pas aveugles. On sait pourquoi nous allons les voir et pourquoi nous avons besoin d’eux. A un moment donné, en tant qu’indépendant nous n’avions pas accès à certains médias. On se sentait limité dans l’expansion du groupe en étant indépendant. On a eu besoin d’aller voir un interlocuteur qui puisse nous permettre d’ouvrir des potes qui étaient restées closes.

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